Rod Anton : l’interview

groupe de reggae français, Rod Anton And The Ligerians

Rod Anton & The Ligerians (crédit photo : Pixelle)

Après l’excellent « Reasonin’ » publié en 2012, le groupe de reggae root’s Rod Anton and the Ligerians, revient en présentant son dernier disque intitulé « Wevolution », dans les bacs depuis le 22 mai 2014. Lors de son passage à la Bellevilloise le 19 juin dernier, j’ai eu l’immense plaisir de m’entretenir avec le chanteur orléanais.  Je tiens à remercier Rod Anton pour le temps qu’il a accepté de me consacrer.

 

La Vie Reggae (LVR) : Pourrais-tu brièvement retracer ton parcours ?

Rod Anton (R.A) : « Je suis artiste de la scène reggae anglophone. Cela fait un peu plus d’une douzaine d’années que je travaille dans le reggae. J’ai commencé en 2002 au sein de différents groupes  sans prétention. Avec l’un d’entre eux, cela a commencé à devenir un peu plus sérieux. Nous avions commencé à tourner un peu partout en France. Puis juste avant l’enregistrement du premier maxi, le groupe s’est séparé.  J’ai continué ma route seul.

J’ai alors fait du sound system pendant environ 5 ans au sein de différents crew : Positive Irie et Smile Jamaica Sound System (Orléans) ; Guiding Star (Paris). Nous avions une petite plage pour nous exprimer dans une émission de radio.  Le Sound System a été une très bonne école pour moi, cela m’a permis de beaucoup travailler, d’approfondir ma voix et de créer mon style.

En 2007, j’ai recommencé à travailler avec le batteur de mon tout premier groupe, Babs (Aujourd’hui c’est notre ingénieur du son live et studio).  A l’époque, nous avions l’idée de faire un maxi mais c’était assez laborieux car on partait un peu dans tous les sens. Nous n’étions pas uniquement sur du reggae. C’est aussi une période pendant laquelle j’ai beaucoup voyagé. Je suis notamment parti pour la première fois en Jamaïque ».

 

LVR : C’est là que tu as rencontré Cédric Myton des Congos ?

R.A: « J’avais sympathisé avec Cédric Myton à Paris six mois auparavant. En arrivant en Jamaïque, je l’ai appelé et je lui ai proposé un morceau qui lui a plu. On a enregistré ce morceau (ndlr : « Angel ») dans le studio des Congos. Je suis rentré avec et peu de temps après, au début de l’année 2009, j’ai rencontré les Ligerians. Nous avons décidé ensemble de réarranger tous les morceaux. Nous avons enregistré une première maquette de  7 titres (ndlr : intitulée « Angel »), sur lequel il y avait ce titre en featuring avec Cédric Myton.  La maquette est sortie en 2010 ».

 

LVR : Et pour les featuring de « Reasonin’ » ?

R.A: « Je suis reparti en Jamaïque pour « Reasonin’ » en 2011. Je suis revenu dans le studio d’Ashanti Roy. J’avais écris un morceau sur lequel j’entendais  déjà résonner les harmonies de voix des Congos. Je leur ai proposé le morceau qu’on a enregistré (ndlr : « Leader Of Tomorrow »).  J’avais aussi composé pour Max Romeo (ndlr: « Mr Richman » et « Holy City »). C’est un ami d’enfance de Cédric. Je l’ai rencontré et 3 jours après il était dans le studio des Congos pour l’enregistrement. Tout s’est fait naturellement ».

 

LVR : Si on parle de Wevolution, comment positionnes-tu cet album par rapport à « Reasonin’ » ?

R.A: « C’est un album qui reste évidemment dans la même veine que son prédécesseur. On retrouve ce reggae root’s transcendant qualifié parfois de « deep root’s », d’influence fin 70’ s « rockers ». « Reasonin’ » était très épuré, il a été entièrement enregistré en analogique pour restituer la qualité sonore des années 70. « Wevolution » quant à lui, a été enregistré en partie en numérique et en partie en analogique. Au niveau des arrangements, c’est beaucoup plus pointu et moins épuré. Un percussionniste vient d’intégrer le groupe, Bongo Ben. Il a ajouté des percussions digitales, les sinners, qui viennent appuyer le rockers. Et puis, les textes sont encore plus travaillés. Ce qui démontre une certaine évolution ».

 

LVR : D’où le nom de l’album « Wevolution » ?

R.A: « Oui en partie. Mais, « Wevolution » désigne surtout  l’évolution de l’espèce humaine  et « la révolution du nous par le nous » c’est-à-dire le combat contre l’individualisme radical. L’individualisme prôné par cette société fait qu’on oublie le plus important. Nous sommes un seul peuple et nous devrions nous unir pour faire face aux problèmes ensemble. C’est la révolution du nous pour l’éveil de cette conscience collective.  L’humain doit réussir à s’identifier comme faisant partie d’une communauté et ne plus agir sans réfléchir aux conséquences de ses actes ».

 

LVR : Peux-tu nous en dire un peu plus sur la fable du colibri ?

R.A: « La petite fable sur le colibri est une légende amérindienne qui a été remise au gout du jour par Wangari Maathai, une biologiste kenyane. C’est la première femme à  recevoir le prix Nobel de la paix en 2004. Elle nous a quitté en 2011 mais reste très connue pour son combat dans les domaines de la politique et de l’écologie. Cette légende raconte qu’un jour « un immense feu se propagea dans la forêt. Tous les animaux s’enfuirent pour sauver leurs peaux, excepté un petit colibri. Ce dernier décida de faire des allers-retours entre la rivière et le feu pour tenter d’éteindre l’incendie tout seul ».  Cette légende sensibilise les gens à l’importance de s’unir pour faire face aux problèmes ensemble. Tout le monde peut participer au changement. Gandhi disait « Soyons le changement que nous voulons voir dans le Monde ». Cet album c’est ma pierre à l’édifice : le moyen de me faire entendre et de participer à ce changement ».

 

LVR : Et concernant les textes, que peux-tu nous dire ?

R.A: « La thématique centrale tourne autour de l’écologie. Gabriel, notre guitariste a participé à l’écriture des textes. Il a composé trois morceaux « Balance », « Faceless Man » et « Scandalmongers ». J’écris de manière plutôt « terre à terre » mais poétique, tandis que Gabriel propose des textes plus mystiques et plus profonds dans la veine de Midnite dont il est très fan. C’est un réel plaisir d’interpréter ses textes. Sur le contenu : « Faceless Man » est un morceau dédié à tous les oubliés de l’Histoire : tous ces gens qui ont œuvré au changement et dont les noms ont été oubliés. Quant à « Scandalmongers », c’est une critique de la désinformation que servent les médias (télé radio). Le moindre petit scandale est utilisé pour faire oublier les vraies informations dont on ne parle presque jamais (Ukraine, Syrie, Fukushima…) ».

 

LVR : J’ai bien aimé la chanson « Mister Bear », est-ce que tu pourrais m’en dire un peu plus sur cette chanson ?

R.A: « Sur l’album, il y a deux textes plus personnels et donc moins engagés : « Lazybones Landing » et « Mister Bear ». La musique est aussi un moyen d’exprimer des pensées plus personnelles.  Il est né d’une petite mésentente avec un ancien collègue.  En l’écrivant, j’ai choisi de généraliser le morceau. Il s’adresse à tous les « ours mal léchés » : toutes ces personnes qui manquent de respect aux autres gens. J’ai voulu rappeler que l’on peut très bien faire passer un message contestataire tout en gardant un certains tact pour éviter de vexer les personnes qui nous entourent ».

 

LVR : Quels sont vos projets à l’avenir ?

R.A: « Nous prenons les choses comme elles viennent. Pour le moment nous préférons nous concentrer sur la fin de la tournée. Il reste encore un certains nombre de dates, comme le festival Terre Du Son à Tours le 13 juillet prochain. Donc, nous commencerons par prendre un peu de repos avant de penser à l’avenir. Nous réfléchissons à pas mal de projets dont la possibilité de faire un clip mais nous aviserons quand le moment sera venu ».

 

LVR : Toi qui est un artiste français de reggae, quel regard portes-tu sur le reggae français ?

R.A: « Je suis ça de très loin. Je trouve que c’est une bonne chose même si personnellement je ne suis pas un grand adepte du reggae chanté en français. En termes de sonorité, on n’est pas vraiment sur la même longueur d’onde, j’ai plus d’aisance à écrire en anglais ou en portugais (je suis d’origine portugaise). Je ne chante pas en français car ce n’est pas la langue qui m’inspire même si j’espère pouvoir le faire un jour. Le message reste positif, c’est le principal et je respecte leur travail. Par exemple, j’aime beaucoup la plume de Balik de Danakil ».

 

LVR : Et la scène reggae française qui s’exprime en anglais ?

R.A: « La nouvelle scène est plus sur une vibe dancehall/new root’s.  Je ne suis pas vraiment cette vibe. Tant que le message reste positif, je salue leur travail. J’aime beaucoup des artistes comme Lyricson ».

 

LVR : Quelles sont les autres musiques qui t’inspirent ?

R.A: « Il y a la Soul avant même le reggae, le dubstep,  ainsi que la musique brésilienne. Je m’intéresse aux différentes musiques car toutes les musiques sont des mélanges de racines d’autres musiques. Cela apporte continuellement de très belles choses qui enrichissent les sources d’inspirations et les influences ».

 

LVR : As-tu un dernier message à transmettre aux fans ?

R.A: « Le reggae est mis de coté par les médias en raison de son message contestataire. Donc continuez à la soutenir, à  la suivre et à propager les messages positifs… Le reggae comme toutes les autres musiques d’ailleurs ».

 

« Wevolution » démarre en trombe avec « Like The Hummingbird » puis se succèdent 14 excellents titres dont entres autres :  « Smooth But Revolutionary » (que vous pouvez écouter ci-dessous), « Addicted », « Balance », « Seeds Of Death »… On retrouve quelques similitudes avec le précédent opus,  telles que deux interludes signés Vaughn Benjamin, chanteur du groupe Midnite. L’album se conclut en beauté avec « Come Together », un featuring envoûtant avec Cédric Myton du groupe jamaïcain The Congos (qui est aussi en partage plus bas).  Ce nouvel album confirme pleinement la maîtrise du crew tourangeau ! Je remercie iWelcom, ainsi qu’une nouvelle fois Rod Anton pour sa disponibilité. D’autres morceaux sont à retrouver sur la page Soundcloud de Rod Anton and The Ligerians. Il vient aussi d’annoncer de nouvelles dates en Région Centre pour la rentrée :

  • 10.09.2014 – En trio – Villedieu sur Indre (36)
  • 26.09.2014 – Le Temps machine – Joué les tours (37)
  • 04.10.2014 – La Forge – Festival Les Rastas du Coeur – Aubigny sur Nere (18)
  • 24.10.2014 – Festival des campagnes – St Laurent Nouans (28)

 

Rod Anton – « Smooth but Revolutionary« 

Rod Anton & Cedric Myton – « Come Together« 

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Une réflexion sur “Rod Anton : l’interview

  1. […] Anton (R.A) : « La dernière fois que l’on s’était vus, c’était pour la sortie de « Wevolution ». En mars 2015, il y a eu une réédition de « Wevolution ». On y a ajouté un QR code qui […]

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