Christophe Rigaud, l’interview

groupe de reggae français Christophe Rigaud & The High Reeds

Christophe Rigaud & The High Reeds (credit photo Matthieu Perdrix – Source iWelcom)

À l’occasion de la sortie du premier album de Christophe Rigaud and The High Reeds, intitulé « Sounds Of Life », dans les bacs depuis le 11 mai 2015, j’ai eu l’honneur de m’entretenir avec le chanteur lyonnais Christophe Rigaud.

La Vie Reggae  (LVR) : Bonjour Christophe et merci d’avoir accepté l’invitation. Pourrais-tu commencer par te présenter et retracer brièvement ton parcours musical ?

Christophe Rigaud (CR) : « J’ai commencé avec un groupe de reggae qui s’appelait Djalemba sur Lyon, j’ai appris à apprécier la scène et à faire de la musique avec eux, j’ai « grandi » avec eux en quelque sorte. Puis j’ai rencontré un artiste qui s’appelle Yao Kan (le bassiste actuel du groupe). C’est un artiste ivoirien qui montait son projet reggae. Parallèlement, je me suis lancé en guitare-voix sous mon propre nom. C’était une volonté de ma part de porter mon nom pour montrer que c’était une démarche vraiment brute sans prendre de pseudonyme à consonance diverse ou variée. J’ai tourné dans les pubs et notamment dans une enseigne assez sympa qui s’appelle le Ninkasi sur Lyon qui organise chaque année un tremplin sur plusieurs mois que j’avais gagné. Petit à petit, mon nom commençait à circuler sur Lyon. Si j’avais changé de nom de scène, j’aurais perdu ce que j’avais commencé à construire, et je voulais que ce soit une continuité. L’aventure de Christophe Rigaud & The High Reeds a commencé il y a un peu plus de 3 ans ».

 

LVR : Peux-tu présenter The High Reeds ?

CR : « Pour m’accompagner, j’ai demandé à Yao et à d’autres musiciens avec qui je jouais d’orchestrer les morceaux.  Avant de nous réunir, nous avions tous évolué dans des groupes de musique aux influences assez variées. Il y a Djo à la Batterie et aux chœurs, Yao à la basse et au chant ainsi que Franck au clavier (surnommé Djedi).  Ils forment les High Reeds aujourd’hui. Nous avons sorti un premier EP fin 2012 qui a été assez bien accueilli par la presse spécialisée. Cela nous a encouragé à aller plus loin et à sortir cet album. Entre temps, nous avons fait de nombreux concerts aux côtés de Tarrus Riley, Max Romeo, Morgan Heritage The Wailers, Anthony B… »

 

LVR : Comment définis-tu ta musique ?

CR : « Nous voulions faire du reggae de façon sérieuse, nous sommes contre les clichés « reggae cocotier musique de l’été », ça peut être sympa c’est vrai, mais il y a tellement de choses derrière. C’est une musique à la fois humaniste et revendicative. Le reggae porte des messages qui viennent d’Afrique et des Caraïbes et qui raconte des choses très dures. Tout comme le blues qui évoquait l’histoire des champs de cotons en Afrique. Ces deux musiques sont liées à notre style que nous appelons le « Blue Reggae ». On peut voir notre musique comme un arbre, le reggae représente le tronc et les branches tandis que les feuilles sont nos influences. »

 

LVR : Comment se matérialise le blue reggae dans vos morceaux ?

CR : « J’écris des chansons mélodiques et atmosphériques. En arrière fond, l’influence jamaïcaine est marquée par un basse-batterie très épais. Puis au niveau du guitare-voix que j’apporte ou des arrangements de claviers, nous ajoutons des mélodies soul, blues, et jazzy et c’est ça qui fait notre style. Nous ne sommes pas dans le format Radio. On ne fait pas des chansons courtes ! En 2:50, nous aurions à peine le temps de faire l’intro ! Nous vivons nos chansons comme des grands voyages et c’est le message que nous souhaitons transmettre au public. Le titre « Forward » en featuring avec Joe Pilgrim illustre bien cette volonté. Nous voulions faire comme à l’ancienne : une version chantée et une version d’un deejay qui toaste. Joe Pilgrim fait cela super bien. Mais comme nous ne pouvions pas faire Face A / Face B, nous avons tout compilé en un seul morceau. C’est un gros son rub a dub qui dure plus de 8 minutes ! Nous avons aussi monté notre propre label « Blue Montain » en clin d’œil à la Jamaïque et au Blues pour revendiquer notre musique.  »

 

LVR : Peux-tu expliquer le choix du titre de l’album « Sounds Of Life » ?

CR : « Sounds of Life » est un texte que j’ai en partie composé en Jamaïque avant de rentrer en studio. L’album était quasiment bouclé et au dernier moment j’ai rajouté ce titre qui en plus est le titre de l’album et le single. Le morceau parle du pouvoir universel de la musique et illustre parfaitement notre pensée. C’est l’un des plus beaux langages universels, car la musique fait tomber les barrières socioculturelles et les préjugés. Lorsque tu fais de la musique avec des gens, les barrières tombent et cela devient un moment pour se rassembler et passer du bon temps ensemble. C’est cela que nous cherchons à véhiculer dans l’album. »

 

LVR : Justement, qu’exprimes-tu à travers tes textes ?

CR : « Nous abordons beaucoup de thèmes, il  y a des textes assez personnels comme sur la notion du temps. J’ai atteint l’âge de la paternité et je l’évoque dans deux morceaux « Alright » et « On This Way », ce sont des hommages à mes enfants. Il y a également des textes plus engagés et des dénonciations de toutes ces choses qui font un peu mal. Il y a par exemple le morceau « How Many Lives » qui évoque l’hypocrisie mondiale autour de la vente d’armes.

J’aime aussi l’aspect poétique. Par exemple j’ai écrit le texte « Behind the Wall » sur le conflit israelo palestinien. Mais c’est un sujet très compliqué, il n’est pas évident de comprendre ce qui se passe exactement sur place quand tu ne le vis pas au quotidien. J’ai préféré prendre un autre angle, un peu comme un conte des 1001 nuits. L’histoire se passe à Jérusalem. Une princesse d’une religion et un genre d’Aladin d’une autre religion sont amoureux alors qu’ils n’ont pas le droit de se fréquenter. Pour vivre leur amour caché, ils sont obligés de s’enfuir. Je laisse le soin au public de dire si l’histoire finit bien ou mal. Il y a aussi un texte sur Nelson Mandela (ndlr : à retrouver en version acoustique ci-dessous). »

 

LVR : Tu es parti en Jamaïque, que retiens-tu de ton expérience ?

CR : « C’était un voyage attendu depuis longue date. Je suis tombé dans le reggae évidemment avec Bob Marley et particulièrement avec « Redemption Song ». La vraie sagesse c’est peut-être d’arriver à provoquer des émotions très profondes avec des choses très simples mais ce n’est pas facile à faire. Bob Marley le faisait magnifiquement bien.

C’était une expérience incroyable, je suis allé à Nine Mile le village de Bob Marley, dans le quartier de Trenchtown à Kingston et au studio Harry J et là c’est directement lié à l’album. Je suis allé là-bas un peu comme dans les années 70, quand ils faisaient passer des auditions à la queue. J’ai tapé à la porte et j’ai demandé si je pouvais jouer un petit morceau. Ils m’ont donné un micro et j’ai joué « On This Way ». Ils ont bien aimé le côté reggae soul. Dans le studio, il y avait Samuel Clayton Junior (l’ingénieur du son de Steel Pulse) qui est jamaïcain et vit en Europe la moitié de l’année. Il se trouve que son pied à terre en Europe c’est le studio où l’on avait décidé d’enregistrer deux mois plus tard, le studio Innacity à Saint Etienne. Trois mois plus tard, nous nous sommes retrouvés à ce studio tenu par Pierrick Arnaud, qui à réalisé l’album au niveau des prises de son et du mixage, apportant ainsi son expérience dans le projet. »

 

LVR : Sam Clayton Jr, à-t-il apporté une contribution au projet ?

CR : « Au départ, Samuel Clayton était simplement dans le studio mais il aimait bien ce que nous faisions. Au fil du temps, Il s’est de plus en plus investi dans le projet. Il a accepté de faire le mastering de l’album. Nous ne tenions absolument pas à faire des sons vintages avec des pistes à bande même si je respecte énormément ceux qui le font. J’adore, mais ce n’était pas une politique, pourtant Samuel Clayton a mis la touche finale. Il y a à la fois un son moderne et vintage, qui sonne bien root’s. C’est exactement ce qu’on voulait ! J’ai apprécié sa façon de faire.»

 

LVR : Qui a réalisé la pochette de l’album ?

CR : « Nous sommes rentrés en contact avec une artiste peintre argentine qui s’appelle Sil Cunningham. Elle nous a proposé une très belle peinture à l’aquarelle. Au début quand nous avons évoqué l’idée de mettre nos têtes sur la pochette, je n’étais pas vraiment emballé. Mais quand j’ai découvert son travail, nous avons décidé de tenter le coup. C’est une artiste très douée qui a un super style. Le résultat est très propre.»

album reggae français, Christophe Rigaud and the High Reeds Sounds Of Life

« Sounds Of Life » (Peinture de Sil Cunningham)

 

 

LVR : Une question très ouverte pour conclure : si tu devais partir sur une île déserte, quel morceau emporterais-tu ?

CR : « Avec le cœur je te dirais Bob Marley « Redemption Song ». C’est avec cette chanson que j’ai pris ma guitare et que j’ai commencé à jouer. Sa musique est intemporelle. À l’époque du reggae root’s, il y avait le disco. Quand tu écoutes du disco aujourd’hui, la qualité des productions fait rigoler ! Alors que « Redemption Song » n’a pas pris une ride. Je te dirais ça parce que mon histoire commence là et c’est exactement ce que j’essaie de faire: des accords pas forcément compliqués et des messages forts .»

 

LVR : Puis un album ?

CR : « Un artiste qui m’a scotché au début des années 2000, même s’il fait des excursions parfois trop lover, c’est Jah Cure. Il a une voix incroyable qui respire la soul. Il a sorti un album produit par Beres Hammond qui s’intitule « Ghetto Life ». L’album m’a mis une claque monstrueuse au niveau du chant et des mélodies. Il y a des chansons poignantes comme « Ghetto Life »  ou « Love of My Life ». Si vous aimez  la puissance des mélodies et des chants profonds, il faut écouter cet album ! »

 

LVR : Un dernier mot pour les lecteurs ?

CR : « Je suis très heureux de vous faire découvrir notre musique, pour laquelle nous avons mis beaucoup d’énergie et de cœur à écrire. Nous sommes très contents de l’offrir au monde aujourd’hui après 6 mois de studio pour finaliser l’album. Découvrez et continuez de vous intéresser aux artistes indépendants et au reggae en général. C’est une musique magnifique et très positive qui porte plein de belles valeurs. On en a besoin ! Je tiens aussi à remercier toutes les personnes qui ont contribué de près ou de loin à la réalisation du projet. »

 

Au final, le groupe lyonnais Christophe Rigaud and the High Reeds livre un excellent album très bien construit qui respire l’atmosphère du bon reggae. On y déguste 14 compositions longues et riches agrémentées par de nombreuses influences soul, jazz et blues. Chaque titre apporte quelque chose de différent, on ne s’ennuie à aucun moment. De magnifiques passages au piano ou à la guitare se mêlent au skank bien lourd et viennent appuyer la voix soul de Christophe et ses textes poétiques bien pensés.  Je tiens à remercier encore une fois Christophe pour le temps qu’il a accepté de me consacrer. Merci aussi à Max d’iWelcom qui a rendu cette rencontre possible. L’album est sorti le 11 mai 2015 sur leur propre label, « Blue Montain ». Je vous laisse avec un extrait acoustique de « Jailers Of Mandela » filmé au Square Edouard Vaillant à Paris ainsi que le clip officiel du titre éponyme « Sounds Of Life ». D’autres extraits sont à retrouver sur la page Soundcloud de Christophe Rigaud and The High Reeds.

 

Version acoustique de « Jailers Of Mandela »:

Clip officiel du titre « Sounds Of Life »

 

 

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Une réflexion sur “Christophe Rigaud, l’interview

  1. […] Drifter s’inscrit dans la veine de groupes comme Irian, Christophe Rigaud and the High Reeds ou Paiaka. « Back To The Ground » est une très belle surprise sur tous les plans. Les […]

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