Rencontre avec Patko

chanteur reggae français, Patko

Patko – Crédit photo: Ninon Photographies

A l’occasion d’une semaine de promo parisienne, j’ai eu l’honneur de m’entretenir avec le chanteur Patko, afin de parler de son second album « Maroon » sorti dans les bacs le 23 octobre dernier. 

La Vie Reggae (LVR) : Bonjour Patko, merci d’avoir accepté cette interview. Peux-tu commencer par te présenter et retracer ton parcours musical ?

Patko (P): « Je suis un auteur compositeur originaire du Suriname et de la Guyane. Je suis arrivé en métropôle il y a 10 ans pour me lancer dans la musique. J’ai commencé à composer pour pas mal d’artistes tels que Lyricson, Mighty Killa, ou Shaby (qui était signé chez Wagram). J’ai beaucoup bossé dans le beatmaking au début, et c’est plus tard que j’ai commencé le chant. C’est arrivé accidentellement dans un open mike à Grenoble. Par la suite, j’ai continué et j’ai fait mes premières scènes avec l’artiste Maxxo pour lequel je faisais les backs. Puis, j’ai commencé à bosser sur mon premier album « Just Take It Easy » qui a était bien accueilli par la critique et le public. Le disque a obtenu des nominations en Amérique du Sud et m’a permis de me produire un peu partout, comme en Algérie par exemple. Depuis 2010, je suis assez souvent sur les routes de France pour présenter ce que je fais. En parallèle, je me suis mis à travailler sur « Maroon », un disque à la fois personnel et plus ouvert ».

 

LVR : Si tu devais définir tes influences musicales ?

P : « Je ne me suis jamais fixé de limite. Je ne pourrais pas définir mon propre style, il y a beaucoup de choses.  Le reggae est bien sûr la fondation mais cela peut aussi aller dans le rock, le hip hop, ou les balades. J’espère surtout garder une cohérence. C’est important de ne pas trop s’éparpiller même si aux premiers abords cela peut paraître. En même temps, c’est un ensemble qui me représente bien ».

 

LVR : Notes-tu des évolutions entre ton premier et ton deuxième album ?

P : « Ce serait assez compliqué de les définir car plus j’avance et moins j’ai de recul. C’est un ressenti, je bosse énormément la musique, et ce n’est pas vraiment calculé. Je ne pourrais pas dire si à l’époque j’utilisais plutôt tel instrument ou dire que sur cet album il y a plus d’instruments africains. C’est au feeling et je ne saurai pas décrire ce qui a de plus sur cet album,  à part une évolution globale ».

 

LVR : Au niveau des textes peut-être comme tu disais tout à l’heure ?

P : « J’aborde effectivement des choses plus personnelles et plus ouvertes. J’ai envie que les gens ressentent cette universalité. Quand je parle du peuple maroon, c’est une manière de parler du fait de fuir ce qui nous oppresse. C’est mon évolution à travers plusieurs regards ».

 

LVR : Justement, où puises-tu ton inspiration ?

P : « Du monde qui m’entoure et de mes expériences personnelles. Les voyages m’ont énormément inspirés. En 2009, je suis parti en Afrique pour la première fois. En tant que descendant de Maroon, aller là-bas, c’était juste incroyable. J’ai pu rencontrer des gens qui partagent les traits de mes cousins et découvrir les villages que je n’avais vu qu’en photos jusque là. Je suis aussi parti aux Etats Unis et en Jamaïque pour poursuivre mes découvertes. Les villes jamaïcaines ressemblent beaucoup aux grandes villes de chez nous. Le voyage revient souvent parce que j’avais envie d’aller plus loin et de faire une sorte de copie de ce qui se passe chez moi ».

 

LVR : Sur le titre « Here To Learn », tu exposes ta philosophie, peux-tu nous l’expliquer ?

P : « Quelle que soit l’histoire que l’on peut avoir, on a toujours des choses à apprendre. Je parle du fait d’apprendre tous les jours. On se croise, on discute, on échange, puis je vais apprendre des choses et aller me renseigner pour approfondir. Le monde est fait d’erreurs, il faut savoir revenir dessus. Il n’y a pas toujours cette notion d’humilité chez les artistes, c’est ce que j’ai voulu transmettre avec « Here To Learn ». J’avais besoin de placer cela de manière à ce que les gens qui m’écoutent se disent que c’est une démarche artistique sincère ».

 

LVR : Peux-tu expliquer le titre de ton album « Maroon » ?

P : « Les Maroons sont les esclaves qui ont fuient l’esclavage pour habiter dans la forêt amazonienne. Je suis descendant direct de Maroon. Mes ancêtres étaient des esclaves qui ont reconstruit leur Afrique dans cette forêt amazonienne en conservant les coutumes, comme certains dialectes, les anciens savent le parler. Je voulais rendre hommage à ce peuple un peu oublié dans l’histoire. Parmi les soldats qui défendaient la France pendant la Seconde Guerre Mondiale, il y avait des Maroons. Ils font aussi partie de l’histoire de la France. C’est une manière d’introduire et de susciter la curiosité pour que les gens s’intéressent à d’autres peuples et découvrent ceux qui composent la France d’aujourd’hui ».

 

LVR : Qui est Djely Kouyate la chanteuse qui t’accompagne sur ce titre ?

P : « C’est une griotte africaine qui se trouve au Mali et travaille habituellement avec Manjul. Dans son texte elle exprime une sorte de « welcome » comme s’il y avait un pont partant d’Amérique du Sud pour rentrer chez nous en Afrique ».

 

LVR : Comment ont été composés tes instrus ?

P : « C’est un album qui a été bossé sur pas mal de continents ainsi qu’avec la magie du net et la contribution de nombreuses personnes. Je me suis entouré entre autre du bassiste Stone qui a enregistré pour Protoje et joue avec Pierpoljak et Fitzroy « Dave » Green, le batteur d’Alborosie qui a joué sur la plupart des titres de l’album. J’ai fait une partie des enregistrements aux USA en 2013, dont le « Lob Surinam ». Puis j’ai été enregistré en Jamaïque et les voix ont été ajoutées au Suriname. Certaines instrumentales ont été faites par le biais du net, comme « Maroon » qui a été enregistré avec Manjul ».

 

LVR : Il y a de nombreux guests sur ton disque, qu’ont-ils en commun ?

P : « Rockin’ Squat a choisi d’être militant toute sa vie, prêt à se tenir debout pour défendre des causes qui parfois ne le concernent pas. Je ne pouvais pas me retenir de le titiller. Ce sont des causes qui l’intéressent et il a accepté tout de suite de travailler avec moi. Balik a vécu au Mali puis maintenant au Sénégal. Ce sont tous des personnes qui sont très ouvertes au militantisme qui défendent pas mal l’Afrique. Ce sont des artistes qui tiennent un peu le même discours tout en gardant une ouverture de militant. Il y a vraiment une cohérence par rapport à leur message. C’est un militantisme réfléchi. Fatan Mojah a écrit un titre traditionnel qui m’a donné envie de le faire apparaitre sur un titre de mon album (« Lob Surinam »). Avec ce morceau, on cherche à motiver les jeunes, en dénonçant le fléau de la drogue et en les incitant à réaliser des choses pour faire avancer le pays. La musique éduque. Quand elle est bien faite avec un message fort, il se passe quelques choses par la suite ».

 

LVR : Quels sont tes projets à venir ?

P : « Il se peut que je parte à l’étranger. J’aimerai mettre le titre « Maroon » en images et je réfléchis aussi pour le morceau « Egalité & Justice » avec Balik et Natty Jean. Ensuite, il y a bien sûr une tournée de prévue avec pas mal de dates qui se calent. Je suis en novembre en Ardèche, en décembre à Dijon et  Grenoble. Toutes les dates figurent sur le site web ».

 

LVR : Un dernier message pour les lecteurs ?

P : « Un truc simple, le reggae à la base c’est l’unité : c’est une musique militante, c’est possible d’être militant en restant unis. C’est à dire militer pour les égalités de tous les peuples, ça peut paraitre utopique mais il vaut mieux partir dans ce sens et garder espoir pour que l’on continue à côtoyer des personnes différentes. Quand il y a un combat à mener, il faut que l’on s’unisse pour que tout le monde se sente bien ! Un grand merci pour le soutien c’est important ! »

 

LVR : Avec quel morceau partirais tu sur une ile déserte ?

P : « Bob Marley – « Redemption Song » ».

 

LVR : Si tu devais partir avec un album ?

P : « Je partirai avec le dernier album de Lino. J’essaie d’avancer, j’aime bien l’update et m’adapter au monde dans lequel on vit ».

 

« Maroon » est un ensemble cohérent de 13 morceaux bien lourds. Patko dépose un flow percutant et envoûtant dans une atmosphère guidée par le reggae root’s et traversée par une multitude d’influences world, rock ou soul. Le chanteur jongle entre titres assez personnels à l’image du très touchant « Daddy » puis « I Know », et titres très conscients avec les succulents « Dutty Money »,  « Kingdom Of Ashes » ou encore « Here To Learn ». Pour couronner le tout, Patko a invité de nombreux artistes. On retrouve entre autre Fatan Mojah, Balik (Danakil), Natty Jean, Rockin’ Squat (leader du mythique groupe de rap Assassin), le saxophoniste légendaire Dean Frazer, Kerri Ann (choriste de Protoje)… Patko livre un album très complet tant sur le plan vocal que musical qui ravira les aficionados du genre. Il est à coup sûr dans la liste des très bonnes parutions reggae de l’année 2015. Pour finir, je vous laisse avec le titre « Daddy », enregistré en session acoustique. Retrouvez les dates de tournée ainsi que des extraits musicaux sur le site officiel de Patko.

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