Rencontre avec Joe Pilgrim and the Ligerians

groupe de reggae français, Joe Pilgrim & The Ligerians

Joe Pilgrim & The Ligerians (Crédit Photo Anthony Oblin)

A l’occasion de la promotion de son superbe album « Intuitions », j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec Joe Pilgrim et deux musiciens des Ligerians, Gabriel Bouillon et Alex Tarpinian.

La Vie Reggae (LVR) : Peux-tu te présenter brièvement ?

Joe Pilgrim (J.P) : « Je suis un chanteur d’origine franco béninoise. J’ai commencé à chanter à l’église en tant qu’enfant de chœur. Puis j’ai continué la musique au lycée. J’ai découvert le reggae lors d’une écoute de la compilation French Reggae Party 2 qui était sortie dans les années 90’s. Après on m’a fait découvrir des artistes comme Culture et The Abyssinians. Là, j’ai vraiment eu la révélation parce que je retrouvais vraiment les chants de louange que j’avais pu faire à l’époque. C’est une musique forte qui m’a pris aux tripes ».

 

LVR : Peux-tu retracer ton parcours musical ?

J.P : « J’ai rencontré un artiste qui s’appelle Sébastien Cohendet pour qui je faisais les backings vocaux. J’ai appris les bases du reggae avec lui. J’ai poursuivi mon initiation en rencontrant le producteur dub Pilah, guitariste du groupe Kaly Live Dub, qui avait monté le projet Dub Addict Sound composé de trois producteurs. J’ai commencé à travailler avec eux au chant. J’ai aussi monté entre temps le groupe Inner Rose avec lequel j’ai sorti un vinyle en 2012. J’ai rencontré Mayd Hubb, avec lequel j’ai fait l’album « Mellowmoon » et un certain nombre de clip. Ensuite, j’ai fait des collaborations avec Dubmatix, Dub Machinist et bien d’autres. »

 

LVR : Comment s’est faite la rencontre Joe Pilgrim / Les Ligerians ?

Gabriel Bouillon (G.B) : « On l’a découvert sur un clip de Mayd Hubb. On avait bien aimé. A l’époque on sortait Wevolution avec Rod Anton. On l’a invité à faire la première partie à l’Astrolab à Orléans puis quelques autres dates. La rencontre s’est faite naturellement et nous nous sommes tout de suite plu mutuellement. On lui a proposé de faire un album qui est donc sorti un an après ».

 

LVR : Comment définis-tu la musique des Ligerians ?

G.B : « On nous dit souvent qu’on fait un reggae qui ressemble à celui des années 70’s. Alors oui, ce sont nos influences (les Wailers, Burning Spear…) Mais on s’inspire aussi d’influences plus modernes qui viennent des Iles Vierges avec Midnite et le label I Grade. Ils fabriquent leur reggae avec un son moderne. Nous sommes plus dans cette optique. Nous fabriquons notre son avec nos influences. Les artistes avec lesquels nous travaillons nous influencent aussi et nous emmènent dans leurs atmosphères. L’album « Intuitions » en est un bel exemple ! »

 

LVR : Peux-tu décrire la pochette de ton album ?

artiste reggae français Joe Pilgrim

Joe Pilgrim & The Ligerians « Intuitions »

J.P : « Je vais d’abord citer et remercier les 2 personnes qui ont travaillé dessus. Il y a un graphiste dessinateur, ainsi qu’une illustratrice peintre, qui s’appelle Woozmoon. Elle fait des choses magnifiques. C’est aussi une amie et j’avais envie de travailler avec elle sur ce projet.

Ensuite dans le détail, il y a 4 éléments principaux qui ressortent:

Sur la gauche, il y a un temple mégalithique de Maltes, qui fait référence à une époque d’environ 3500 ans av J.C. Ils étaient dédiés à la déesse de la fécondité.

Autour de mon cou, je porte une petite statuette qui fut retrouvée sur différents sites archéologiques et préhistoriques à travers le monde. Elle correspond à la déesse de la fécondité. Tous les hommes avaient le même culte envers la déesse mère qui créé la vie.

Dans le ciel, on voit un ange fait d’étoiles qui symbolise le fait que l’univers dans lequel on vit est conscient. C’est en rapport avec la croyance ésotérique indienne qui dit que l’univers est fait de conscience.

Mon personnage est représenté avec un masque tribal. Pour invoquer un esprit ou une divinité, les anciens avaient l’habitude de se mettre de la peinture qui représentait une divinité. Ici, c’est la divinité de la vie et de l’infini ».

 

LVR : Quels sont les messages que tu cherches à véhiculer à travers l’ensemble de ces éléments ?

J.P : « J’ai regroupé tous ces éléments parce que je voulais mettre en lumière le fait que d’un point de vue spirituel et théologique, la divinité n’est pas que masculine et a aussi une polarité féminine. Je trouve qu’au fil des années et des siècles, on a un peu mis ça de côté… C’est aussi un clin d’œil à toutes les tribus qui se font chassées de leurs terres ancestrales et une invitation à ne pas oublier le monde dans lequel nous vivons. L’univers est présent dans tout ce que nous faisons. Nos intuitions et nos rêves sont les liens avec cet univers. Si on sait les écouter, on saura marcher sur une voix qui nous correspond. Je conclus sur une citation que l’on trouve sur le temple de Delphes en Grèce : « Connais-toi toi-même et tu connaitras le monde et son univers » ».

 

LVR : Peux-tu expliquer et détailler la construction des chapitres de l’album ?

J.P : « C’est venu spontanément, j’aime bien ce côté conceptuel. Que la musique soit au service de l’humain et reflète un caractère social. Le reggae est une musique qui s’y prête vraiment. Les 4 chapitres correspondent à un parcours initiatique.

Chapitre 1 : « Illusions and Crises »

Dans ce premier chapitre, je fais un peu l’état des lieux de ce qu’on a vécu à l’échelle humaine. Par exemple sur « Go Down The River », j’aborde la crise de l’eau. Sur « Forward », je retrace un peu l’épopée humaine depuis la nuit des temps. On peut résumer le chapitre avec une citation d’un titre que j’avais écrit et qui montre bien ce rapport relationnel : « Ce qui se passe à l’échelle mondiale est à l’échelle homme à homme. »

Chapitre 2 : « The Sparkling Light »

Ici, je fais référence à des connaissances indiennes qui expliquent qu’une lumière précieuse universelle sommeille en chacun de nous. Le but est d’éveiller cette énergie pour devenir conscient. Dans le dernier morceau du chapitre « Burn Fire », j’exprime un combat intérieur dans lequel je demande à cette énergie de m’aider à voir les pièges de mon égo. Je trouve que la citation de Martin Luther King illustre bien ce chapitre : « Nous devons apprendre à vivre ensemble en frère sinon nous risquons de mourir tous ensemble en idiots. »

 Chapitre 3 : « Intuitions »

Les intuitions sont le pont entre nous et la divinité. Je cite à nouveau : « Connais-toi-même, et tu connaitras le monde et son univers », parce que cette phrase est assez parlante. Nos intuitions sont là pour nous aider à retrouver notre vrai potentiel. Dans tout ce que l’on peut vivre, il y a un chemin initiatique que chacun peut suivre pour retrouver cette sagesse intime. C’est ce que j’exprime à travers le morceau « Blessing Light ».

Chapitre 4 : « Incarnations »

Le premier morceau « Blind Civilazation » invite la jeune génération à avoir un regard critique sur l’évolution du monde depuis la révolution industrielle du XIXe siècle. Tous les besoins créés par les entreprises (téléphone, informatique…) ont une conséquence ailleurs. Ce dernier chapitre est l’occasion de rendre hommage aux tribus anciennes qui vivaient en harmonie avec la nature. Ils savaient utiliser les ressources naturelles sans les détruire. L’homme à un pouvoir de destruction, mais a aussi une force de création. C’est une invitation à retrouver cette force.  Pour représenter ce chapitre, je choisirais une citation du chef indien Geronimo : « Lorsque le dernier arbre aura été coupé, lorsque le dernier poisson aura été pêché, lorsque la dernière rivière aura été polluée, ils s’apercevront que l’argent ne se mange pas » ».

 

LVR : Comment avez-vous travaillé les compositions ?

G.B : « Pour quelques titres de l’album, Joe avait déjà quelques enregistrements. Nous les avons simplement réarrangés. Pour les autres titres, nous lui avons fait d’autres propositions. Il y avait des choses que nous avons faites spécialement pour ses textes et d’autres que nous avions déjà. Il a écrit et a choisi ce qui lui plaisait ».

 

LVR : As-tu des projets à venir ?

J.P : « Il y a l’enregistrement de plusieurs clips et notamment un clip où on aimerait apporter une contribution à la crise des réfugiés. Le but est de rassembler des chanteurs et chanteuses sur un titre qui s’appelle « Migrants ». On inviterait chaque artiste a donné son point de vue de la situation afin de sensibiliser le public. Ce serait un peu dans l’esprit des compilations rap sorties dans les 1990’s contre la censure ou les lois racistes. La tournée se prépare aussi. Les dates sont à suivre sur la page Facebook. En parallèle, je viens de sortir un album avec Pilah, « The Good, The Bad, And The Addict ». Il y a aussi beaucoup d’actus sur la page Facebook du label Soul Nurse ».

 

LVR : Vous avez travaillé avec Rod Anton et Joe Pilgrim, y-a-t-il d’autres collaborations ?

G.B : « On a monté notre propre label parce que nous avions déjà notre propre studio. Cela nous permet ainsi de travailler comme on le souhaite. On se laisse le temps pour faire les choses, on ne cherche pas à commercialiser à tout prix, mais on cherche à faire ce que l’on aime. Il y aura sûrement des productions avec d’autres artistes, mais pour le moment, on est avec Joe et toujours avec Rod Anton parce qu’on nous le demande souvent. C’est un grand ami et il se peut que l’on refasse des choses ensemble à l’avenir, on verra par la suite ».

 

LVR : On voit beaucoup d’artistes réagir suite aux attentats, selon vous, quelle est la meilleure manière d’agir ?

J.P : « J’ai une petite anecdote à ce sujet: un moine syrien catholique était resté en Syrie alors que le Vatican lui a demandé de partir car la situation devenait intenable. Il est finalement rentré en Europe et a tenu une conférence auprès d’une communauté non violente. A la fin, il leur a demandé ce qu’ils pensaient faire pour aider la Syrie. Il a apporté cette réponse : « Travaillez d’arrache pieds jour après jour à consolider le lien entre musulmans et chrétiens, à renouer un tissus social fort avec des réseaux d’entraide entre les communautés, et à pacifier cette relation qui date depuis les croisades ». On se rend compte, qu’il y a beaucoup de gens qui sont laissés pour compte et qui n’ont plus foi en rien. Ils se font facilement embrigader. Si on arrive à retrouver ce lien social entre toutes les communautés, il n’y aura plus de place pour le mal ».

G.B : « Il n’y a pas de solution si ce n’est l’éducation. Si nous français, nous agissions en remettant de l’argent dans l’éducation pour qu’il y ait plus de solidarité, d’égalité et de liberté, il y aurait sûrement moins de problème de ce genre ».

 

LVR : Si vous deviez partir sur une île déserte, quel serait le titre avec lequel vous partiriez ?

G.B : « J’emmène « Live the life you love », un titre de Midnite ».

J.P : « Je partirais avec un rag indien, un truc super long pour les moments méditatifs, parce que  c’est bien dans mes sources d’inspirations et ça m’aide bien à certains moments. Cela me donne l’inspiration pour faire d’autres musiques ».

Alex Tarpinian : « Sur un album de Miles Davis, je ne me souviens plus du titre mais il y a un morceau qui dure 50 minutes. Je prendrais celui-ci pour avoir un peu de temps devant moi » !

 

« Intuitions » est dans les bacs depuis le 20 novembre et rassemble 12 titres bien construits. Après les disques avec Rod Anton, cette nouvelle collaboration impliquant les Ligerians est sans doute l’une des plus belles surprises de l’année. Joe Pilgrim surfe parfaitement sur les compositions bien root’s concoctés par les tourangeaux. Cet album ravira à coup sur tous les fans de reggae. Un grand merci à Joe et aux Ligerians pour le temps qu’ils ont bien voulu m’accorder. Je vous laisse avec une version acoustique de « Open The Gate». Le teaser de l’album est à retrouver sur la page Soundcloud de Joe Pilgrim.

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