Rencontre avec Balik, chanteur de Danakil

groupe de reggae français, Danakil

Danakil (crédit photo: Hugo Bachelet)

A l’occasion de la sortie de l’album « La Rue Raisonne », j’ai eu l’immense plaisir de m’entretenir avec Balik, le chanteur de Danakil.

La Vie Reggae (LVR) : Bonjour Balik, tout d’abord merci d’avoir accepté l’interview. Ils sont nombreux à te connaitre mais pourrais-tu présenter brièvement Danakil pour ceux qui te découvrent ?

Balik (B) : « Danakil vient des Yvelines (Marly-Le-Roi) banlieue ouest à 30km de paris. Nous nous sommes rencontrés au lycée entre 1998 et 2000. C’est le fruit d’une petite bande de pote avec pour passion commune la musique et le reggae particulièrement. Nous avons commencé à répéter comme ça pour le plaisir, et de fil en aiguille à faire quelques reprises, quelques compos et puis des petits concerts sur la côte. Petit à petit les chansons ont rencontré un public au hasard des vacances. Avec le temps, le projet Danakil a grandi. En vendant des petits CD gravés sur les plages, nous avons eu un petit public. Quand le 1er album (ndlr : « Micro Climat ») est sorti en 2006, ces gens-là se sont retrouvés autour et ont été contents de retrouver dans les bacs, l’album d’un groupe qu’ils avaient vu plusieurs fois l’été en vacances. C’est comme ça que l’histoire a commencé et depuis on essaie d’évoluer au fil des albums, là c’est le 5e. Il y a deux ans maintenant, nous avons créé notre propre label Baco Records. ».

 

LVR : Parlons un peu de ton dernier album, pour commencer pourquoi ce titre ?

B : « L’album a pris le titre  « La Rue Raisonne » avec une orthographe particulière, car il évoque un jeu de mot entre « raisonner » et « résonner ». 2016 a été une année sociale forte que nous avons suivie de près. Le fil conducteur de cet album est la réflexion sociale, d’où raisonner au sens « raison ». Puis, le verbe résonner qui fait allusion au bruit (l’écho des pas et des voix). On a vu des phases de réflexion cette année : des gens qui sortaient parce qu’il y avait un ras le bol. J’attends de voir quelle va être la suite des choses… »

 

LVR : De quoi parle l’album exactement ?

B : « Le fil conducteur reste cette réflexion : « où nous en sommes aujourd’hui en 2016 sur les plans politiques ou écologiques ». J’ai toujours aimé donner mon point de vue la dessus. Je ne l’exprime pas de la même manière à 35 ans qu’à 18. On évolue en musique comme on évolue dans la vie. Ce 5e album revient sur la tranche de vie qu’on a vécue entre 2014 et 2016. Au fil des morceaux, on retrouve toujours un petit rapport à la société, à l’évolution des choses, à notre rôle en tant que citoyen mais aussi en tant qu’Humain. Je fais partie des gens qui souhaitent voir les choses évoluer dans le sens d’une meilleure répartition des richesses ainsi que d’une meilleure prise de conscience écologique. Mais l’album ne parle pas uniquement de cela car la musique est plus large. À mon sens, elle doit aborder tous les sujets (l’amour, la vie, le cycle de vie, la musique…) Il y a même quelques freestyles ».

 

LVR : Comment positionnes-tu cet album par rapport aux précédents ?

B : « Les deux précédents albums étaient dans une trame commune, plus acoustique et plus traditionnelle. Là, nous avons voulu pousser la production musicale plus loin, en ajoutant de l’électronique dans les sons, un peu de sample et de beatmaking. On a voulu moderniser un peu plus le rendu des instrus. Après, j’aime bien lier les albums aux périodes que j’ai traversées dans ma vie. J’ai écrit mon premier album à 20 piges, aujourd’hui j’en ai 35 et je n’aurais jamais pu écrire cet album à 20 piges. Il y a des chansons que je ne veux plus chanter. Et pourtant je vieux bien qu’on les diffuse. A l’époque c’était parfait, mais aujourd’hui ce n’est plus l’heure de les chanter pour moi. C’est mon album « d’aujourd’hui », comme le précédent était celui de « mon hier » et ainsi de suite ».

 

LVR : Et peut-être une touche plus personnelle ?

B : « Oui, c’est peut-être l’âge. J’ai connu des situations dont j’ai eu envie de parler. Ce ne sont pas des calculs, je fais les chansons en fonction de ce que je ressens sur le moment. Mes albums sont des tranches de vie. Là, j’ai eu mon premier petit, ça m’a donné envie d’en parler (« J’attends le Jour ») tandis que « Lumière de la Mémoire » fait repartir en arrière. Les rôles s’inversent : d’enfant, tu deviens père, donc tu repenses à plein de chose : comment tu en es arrivé là, des flash-back. Avec « Back Again », on revient sur l’historique du groupe. Il y a une chanson inspirée par mon amour ainsi qu’une chanson très triste sur la perte de quelqu’un de très proche (« Pars »). Ici, ce n’est pas moi directement : je parle d’un proche qui a traversé une épreuve très difficile. Cette chanson est pour lui et sa famille. Je me suis un peu livré au fil du hasard des événements de ma propre vie. J’en ai peut-être eu un peu plus qui m’ont marqué sur cet album que sur d’autres. Dans chaque histoire qui m’est arrivée et que j’ai mise en chanson, j’essaie de sortir de mon expérience pour extrapoler. Cela doit venir parler à tous ceux qui ont vécu les mêmes choses. Je ne suis pas le seul à avoir eu un enfant ou à être amoureux. Dans chacune de mes chansons, j’essaie de trouver des axes pour faire en sorte que cela résonne dans le cœur des gens ».

 

LVR : Peux-tu nous parler du positionnement des titres dans la tracklist ?

B : « Oui, cela a été une vraie réflexion. On a essayé de tenir compte des musiques, des thèmes et des tempos. On essaie de chercher un sens au tracklisting de l’album. Il y a une logique au fait qu’« Écho Système » et « 32 Mars » s’enchainent. Puis « 32 Mars » et « Paris La Nuit » qui font référence à Paris. Plus loin, il y a « Pars » qui est une chanson résolument positive, elle parle d’un truc très triste mais sur un beat joyeux. Elle est censée t’emmener vers la suivante : « II En Restera Quelques Chose ». Puis après, il y a aussi « Lumière de la Mémoire » suivie de « J’attends le Jour ». C’est un peu l’idée ».

 

LVR : Tu parlais des freestyles, peux-tu parler du dernier titre « World Of Reggae Music » s’il te plait ?

B : « Globalement, c’est un morceau autour du label Baco Records. Flavia Coelho et Anthony B ne sont pas chez Baco mais tous les autres y sont. Ce qui nous intéressait c’était de parler de cette musique qui nous réunit. Chacun chante dans sa langue : Natty Jean (Wolof) ; Flavia Coelho (portugais) ; Yaniss Odua (kreyol) ; Anthony B (patois jamaïcain) ; Josh (The Skints) et Nattali Rize (anglais) ;  Volodia,  Brahim et moi (français). Le titre rassemble des artistes du monde entier (Sénégal, France, Brésil, Caraïbes, Jamaïque, Angleterre, Australie, Algérie). L’idée du morceau est de fédérer et de montrer que cette musique a passé les générations mais surtout a passé les langues et s’est appropriée toutes les cultures ».

 

LVR : Il y a aussi « Paris La Nuit » avec Patrice ?

B : « J’avais envie de faire une chanson sur Paris pour plusieurs raisons qui se lient. Déjà parce que Paris a beaucoup souffert avec les attaques. C’est une ville qui est forte et qui a une histoire. Il en faudra beaucoup plus pour s’écrouler. Paris est là avec sa joie, son soleil, sa pluie et sa vie nocturne. C’était aussi une bonne excuse pour faire un morceau avec Patrice car il a aussi son expérience parisienne. Je voulais le mêler à cette chanson pour mêler nos regards de la ville. C’est aussi une chanson qui fait écho à « Quitter Paname » (ndlr : chanson extrait du 3e album « Echo Du Temps »). « Paris La Nuit » est une déclaration d’amour tandis que l’autre exprimait juste une envie de voyage. Pour l’anecdote, j’ai failli l’appeler « Kiffer Paname » pour faire encore plus écho à « Quitter Paname ».

 

LVR : Peut-on parler «d’ album de la maturité » ?

B : « Si tu veux mais je le disais déjà pour celui d’avant ou celui d’encore avant. Tout dépend à quel âge tu vois la maturité ? Cela ne me choquerait pas si on le qualifie d’album de la maturité mais je précise qu’on m’a déjà posé cette question sur l’album précédent. Quand je finis un album, je considère que c’est le meilleur de ce que j’ai fait. Si demain je considère que l’album est moins bon que celui d’avant, je vais avoir du mal à le défendre et à continuer à croire en moi. Si j’arrive à en faire un autre, qu’il soit meilleur encore, c’est comme ça que j’avance. Si je n’ai plus cette impression là, ce sera problématique pour moi ».

 

LVR : Quels sont les projets à venir pour Danakil et Baco Records ?

B : « Il y a déjà deux premiers clips, « 32 Mars » et « Back Again », et un 3e clip à venir. On devrait le tourner entre ce mois-ci et le mois prochain. Puis la tournée démarre avec deux dates parisiennes (9-10 décembre au Trianon). Nous passerons dans beaucoup de villes de France, Suisse et Belgique (ndlr: retrouver toutes les dates à la fin de l’article). A partir du printemps, nous serons aussi sur les festivals. Nous allons essayer de jouer un maximum pour défendre cet album.

Au niveau de Baco, il y a la sortie de l’album de Volodia, celui de Natty Jean  en 2017 et Yaniss Odua sortira le sien bientôt également. Il y aura des tournées pour les accompagner. Beaucoup de projets, le label travaille au mieux pour défendre les couleurs de ses artistes ».

 

LVR : Si tu pars sur une ile déserte et que tu dois emmener un morceau avec toi ?

B : « Une chanson calme, je réfléchis… une chanson zen… Sam Cooke « A Change is Gonna Come ». Et je vais tricher un peu, il y a plusieurs versions de cette chanson, il y a Sam Cooke et Otis Redding, comme c’est le même morceau j’aurais le droit d’emmener les deux versions ! »

 

Le groupe des Yvelines nous régale avec un reggae épuré, enrichi par de multiples sonorités, telles que des cuivres ou des effets dub. Il nous pousse à la réflexion tout au long de son album avec des textes conscients et percutants à l’image d’« Echo System », « 32 Mars » ou encore « Papillons ». Ce dernier pose beaucoup d’interrogations sur la place des Hommes dans ce monde. Puis, le chanteur se dresse contre les valeurs d’extrême droite avec des métaphores bien choisies sur le génialissime « Dis-Leurs ». Les 13 chansons nous font passer par toutes les émotions : de la nostalgie à la joie en passant par l’amour avec des mots qui nous renvoient à nos propres expériences. On note aussi un brin de hip hop avec « Médiatox ». L’album se conclut sur un hymne au reggae de plus de 8min de bonheur où se succèdent 9 chanteurs. Danakil présente un album implacable qui succède dignement à « Entre Les Lignes ». Rien n’est laissé au hasard, tout est soigneusement pensé pour accompagner les textes de Balik de la plus belle des manières ! « La Rue Raisonne » sera disponible sous tous formats (CD, MP3, Vinyle) à partir du 7 octobre prochain. Pour plus d’infos, rendez-vous sur le site de Baco Records. Je vous laisse avec les deux premiers extraits de l’album en images  « 32 Mars » & « Back Again ». Encore un grand merci à Max d’iWelcom et à Balik pour le temps qu’il a accepté de me consacrer !

 

 

 

 

DANAKIL – CONCERTS
13.10.16 – Le Scarabée – Chambéry (73)
14.10.16 – Vernier-Sur-Rock – Genève (CH)
15.10.16 – Le Theatro – Montargis (45)
20.10.16 – Théatre Lino Ventura – Nice (06)
22.10.16 – Théâtre du Rhône – Valence (26)
28.10.16 – La Coopérative de Mai – Clermont-Ferrand (63)
29.10.16 – Nuit Du Reggae – Lorient (56)
04.11.16 – L’Agora – Equeurdreville (50)
05.11.16 – L’Aéronef – Lille (59)
10.11.16 – Le Cargo – Caen (14)
11.11.16 – Bebop Festival – Le Mans (72)
18.11.16 – Zénith – Rouen (76)
19.11.16 – Parc Expo – Colmar (68)
25.11.16 – Le Transbordeur – Lyon (69)
26.11.16 – La Commanderie – Dole (39)
02.12.16 – La Nef – Angouleme (16)
03.12.16 – Le Rocher de Palmer – Cenon (33)
04.12.16 – Le Bikini – Toulouse (31)
09.12.16 – Le Trianon – Paris (75)
10.12.16 – Le Trianon – Paris (75)
Toutes les dates sur www.bacorecords.com

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3 réflexions sur “Rencontre avec Balik, chanteur de Danakil

  1. […] cette bande de chevelus à sa frontière, ils peuvent toujours compter sur leurs amis ( Dub inc, Balik, Naaman ), pour se taper un petit « Reggae addict’s connection », c’est du lourd ! Je vous […]

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  3. […] À l’origine, Nattali Rize a grandi dans un univers rock. C’est finalement vers le reggae qu’elle choisit de se tourner. Elle a fait ses premières armes au sein du groupe australien, Blue King Brown avant de se lancer en carrière solo. Elle multiplia rencontres et collaborations jusqu’à la sortie d’un EP en 2015 aux côtés d’artistes comme Notis ou Kabaka Pyramid. L’EP remporta un certain succès avec le titre « Rebel Love » qui a contribué à la faire connaitre. En parallèle, l’australienne s’est produite sur quelques plateaux prestigieux comme le Summerjam en Allemagne ou le PALEO en Suisse. On peut aussi entendre sa douce voix sur le titre collectif « World Of Reggae Music » publié sur le dernier album de Danakil. […]

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