Entretien avec Rod Anton, volume 2 !

artiste reggae français, Rod Anton

Rod Anton (Crédit Photo: MadMill)

Après une première rencontre en 2014, le temps des retrouvailles avec Rod Anton est arrivé pour nous parler de son nouvel album « Ubatuba ».

La Vie Reggae (LVR) : Salut Rod ! Tout d’abord, merci d’avoir accepté cette seconde rencontre. Peux-tu brièvement nous parler de ton chemin depuis notre premier échange ?

Rod Anton (R.A) : « La dernière fois que l’on s’était vus, c’était pour la sortie de « Wevolution ». En mars 2015, il y a eu une réédition de « Wevolution ». On y a ajouté un QR code qui permettait d’aller télécharger des versions dub inédites. J’ai également sorti « Natty Rebel » chez ODG Prod, un maxi numérique gratuit avec U-Roy. C’est un recut du « Soul Rebel » de Marley qu’U-Roy avait déjà réadapté en 1976 avec son morceau « Natty Rebel ». On l’a tout simplement réappelé ainsi. C’était un grand plaisir d’enregistrer avec U-Roy. Puis, il y a eu beaucoup de dates. En parallèle, les Ligerians ont enregistré un album avec Joe Pilgrim. J’ai pris le temps de réfléchir et de voyager. Mes voyages notamment celui au Brésil, ont donné cet album « Ubatuba ». »

 

LVR : Sur le plan musical, où se situe « Ubatuba » par rapport à « Wevolution » ?

R.A : « J’ai l’impression qu’on évolue un peu dans le temps. « Reasonin’ » c’est plus 70’s pure et dure. Avec « Wevolution », on était déjà sur la fin des 70’s début des 80’s avec le « rockers ». Et maintenant, on est dans le rub-a-dub rockers des 80’s dans le style « Sly & Robbie ». Il y a des sonorités modernes avec des sons digitaux joués. Tout est joué. »

 

LVR : Ce n’est plus « Rod Anton & The Ligerians » mais « Rod Anton ». Qu’est-ce qui a changé ?

R.A : « C’est la forme de création qui a changé. Avant on créait les morceaux ensemble avec les Ligerians. Sur « Ubatuba », c’est Gabriel Bouillon des Ligerians qui l’a produit de A à Z. Il a joué tous les instruments sur les preprods. Pour la production finale, il a fait rejouer la batterie et les percus nyabinghi par le batteur et le percussionniste des Ligerians. Mais c’est le son de son propre label Soul Nurse Record. C’est aussi plus simple à retenir et évite la confusion avec l’album de Joe Pilgrim (« Joe Pilgrim & The Ligerians »). En tout cas, c’est toujours les Ligerians qui m’accompagnent sur scène et si ce n’est pas avec eux, c’est que je me produis en sound system. On adaptera le live avec les Ligerians. On est déjà en train de travailler dessus car les premières dates vont arriver. »

 

LVR : Comment est né cet album ?

R.A : « Cet album est né de mon travail avec Gabriel. Il m’a fait écouter quelques instrus que j’ai kiffées. On a fait un morceau puis un second. Au départ, on voulait faire un maxi, puis au bout de 6 titres, on avait plus qu’un maxi… donc on a décidé de faire cet album. Il m’envoyait des instrus, je passais enregistrer mes voix, et on faisait les arrangements ensemble. C’était hyper agréable comme façon de travailler. Ces dernières années, j’ai beaucoup voyagé au Brésil et j’ai eu un véritable coup de foudre pour la ville d’Ubatuba, une ville de la côte de l’état de Sao Paulo. C’est le seul endroit au Brésil où la jungle rencontre l’océan. Il  y a plus d’une centaine de plages. Une fois que tu sors de la côte, il n’y a que de la forêt vierge pendant des centaines de kilomètres. Tu passes d’une plage sauvage à la jungle, c’est renversant. Il y a une spiritualité qui émane de cet endroit et les gens sont très chaleureux. Cela m’a donc inspiré les textes. »

 

LVR : Peux-tu nous parler du morceau éponyme et de sa signification ?

R.A : « Le texte raconte une excursion entre potes pendant une journée à travers la jungle pour atteindre une magnifique cascade. Le texte est simple mais fait plein d’allusions au peuple local, aux croyances afro-brésiliennes et à la religion. Ce que m’a beaucoup plu au brésil, c’est la mixité des gens, de leurs croyances et de leur spiritualité. C’est hyper complet et rend les gens très ouverts. C’est ce que j’essaie de mettre dans cet album. Evidemment, tout l’album ne parle pas que de ça. »

 

LVR : Justement, si on se penche sur tes textes, de quoi parlent-ils ?

R.A : « C’est un album qui s’axe sur l’amour universel, l’amour de soi, l’amour des autres ou de la nature qui nous entoure. Cela peut paraître un peu cliché mais en fait c’est la seule chose sur laquelle il faut qu’on se base aujourd’hui. On connait une période de trouble important avec par exemple une politique environnementale désastreuse. Cet album s’inscrit dans la continuité de « Wevolution » qui était un réel message écologique. On retrouve des thèmes forts. Par exemple, « False Preacher » est un coup de gueule contre les corrompus de ce monde qui prétendent tirer les ficelles. « Mama Earth » traduit une prise de conscience écologique. « Be Wize » est un message destiné aux plus jeunes pour dire qu’il est important de garder une droiture dans cette vie. « Eternal Bliss » est une chanson d’amour dans laquelle je m’adresse à la vie comme si je m’adressais à une femme. C’est un texte très personnel. »

 

LVR : Peux-tu décrire la pochette ?

album reggae français Rod Anton, Ubatuba

Ubatuba

R.A : « La pochette est toujours signée Christophe Deleau. Les deux indiens sont des tupinambas. C’étaient les tous premiers habitants de la région. Ils ont laissé plein d’influences culturelles comme les noms des lieux, la nourriture ou le mode de vie. J’ai trouvé cela bien de rendre cet hommage à cette population qui a vraiment influencé la culture brésilienne. Les deux indiens sont représentés avec une Maracas et une flûte. Quand on a élaboré la pochette, j’ai recherché les instruments qui étaient utilisés par les tupinambas il y a des siècles. C’était les deux qui revenaient le plus souvent. Comme l’album parle de la ville d’Ubatuba, on a aussi représenté la mer, la forêt et les montagnes qui la bordent. Enfin, cela évoque aussi les croyances afro brésiliennes comme la religion Umbanda. Elle s’inspire de croyances issues de différentes religions. Cette diversité donne quelque chose de très ouvert. Je ne suis pas quelqu’un de religieux, mais je vais aller piocher les choses qui m’interpellent et me parlent dans les différentes religions. Ici, plusieurs choses m’ont inspirées. »

 

LVR : Il y a plusieurs featurings sur ton album, peux-tu nous en parler ?

R.A : « J’ai rencontré Marcus Gad lors de sa dernière tournée en France. Il m’a invité à faire un morceau sur scène avec lui, il y a eu un super feeling. J’avais déjà écouté quelques titres et cela n’a fait qu’asseoir mon envie de bosser avec lui. Je lui ai proposé ce morceau ensemble qu’on a enregistré à distance. J’ai envoyé l’instru et on a échangé sur le thème. Je lui ai laissé pas mal de libertés parce que je voulais m’imprégner de son univers à lui.
Junior Dread est un artiste brésilien qui chante en portugais et en anglais. C’est une des voix montantes du reggae brésilien à l’international. Je l’ai découvert quand le producteur anglais Gorgon Sound a fait un remix de son morceau « Wonderfull Feeling ». Je l’ai contacté et on a enregistré ce morceau. On a même tourné le clip au Brésil, dans une favela de Rio. Il sortira d’ici juillet. Il prépare une tournée en France, donc avis aux amateurs et promoteurs, il vaut le détour !
Xibata, c’est un artiste portugais et un très vieil ami. Nous nous sommes rencontrés quand on débutait tous les deux dans les reggae. Il était selecta et moi je chantais. Ensuite il s’est mis à chanter. On a déjà enregistré des morceaux ensemble qu’on avait mis sur internet. Sur cet album, j’avais envie de faire un morceau en portugais avec lui. Le texte parle naturellement de l’amitié.
Cedric Myton c’est un de mes grands amis. Comme il est présent depuis le début de ma carrière, c’était obligatoire qu’il soit aussi sur ce disque. Pour une fois on a inversé les rôles, il prend une voix un peu plus basse et c’est moi qui cherche les falsettos. »

 

LVR : Il y aussi des titres bonus, peux-tu nous en parler ?

R.A : « Il y a un remix de Divine Splender en version mélodica joué par Art-X. Puis, une version de « Mama Earth » faite par Babs (qui avait déjà remixé « Reasonnin’ »). Il a proposé un remix « dark hip hop » plus que dub. Il y a des samples de chants de baleine derrière. J’ai toujours été fasciné par ces chants de baleine sous-marins. C’est énorme de pouvoir les avoir sur un morceau avec ma voix dessus. J’aime le résultat. Le tout dernier c’est un remix de « Eternal Bliss » par Undubground, un crew tourangeau. Ces 3 derniers ne sont pas sur le vinyle, mais figurent sur le cd et en version digitale. Dans le vinyle, on a glissé une carte de téléchargement qui permet de télécharger l’album intégral. »

 

LVR : Quels sont tes projets à venir ?

R.A : « La tournée commence bientôt. Fin juin, il y a la première date avec les Ligerians. J’ai envie de partager ça avec le public et notamment de partager les morceaux en portugais. Je suis bien curieux de voir comment le public réagira. Il y aura quelques festivals cet été puis le booking continuera dès septembre. »

 

LVR : Avant de conclure : as-tu quelque chose à ajouter ?

R.A : « Je voudrais faire un énorme Big Up à Flower Coast ! C’est un jeune label de Clermont-Ferrand qui nous a fait confiance sur cet album. On est parti avec eux alors qu’ils n’avaient écouté que 3 morceaux de l’album. Quand ils nous ont signés, on a vraiment fonctionné sur la confiance. Je suis très reconnaissant de l’opportunité qu’ils nous donnent de sortir l’album en vinyle en plus. Longue vie à eux et à nous ! Big Up aussi à Max d’iWelcom ! »

 

 LVR: Si tu partais sur une île déserte, quel titre emmènerais-tu avec toi ?

R.A : « Si c’est un morceau de reggae, j’emmènerais « Youthman » des Congoes. Après, il y a beaucoup de morceaux, j’écoute beaucoup Jorge Ben « Errare Humanum Est » c’est un morceau un peu psyché et c’est mon coup de cœur du moment. »

 

LVR : Si tu avais un message à adresser aux lecteurs, lequel serait-il ?

R.A : « Un grand merci pour le soutien ! Continuez de soutenir les artistes que vous aimez et continuez de suivre l’actualité de la musique. Montrons que la musique indépendante n’est pas morte. »

 

Avec « Ubatuba », le tourangeau dévoile une nouvelle pépite ! Rod Anton présente un album envoûtant et bien ficelé à découvrir d’urgence ! Je vous laisse avec les deux premiers extraits mis en images: « Ubatuba » et « Eternal Bliss ». L’album est disponible depuis le 2 juin, plus d’information sur le site de Flower Coast.

Encore un grand merci à Rod Anton pour le temps qu’il a bien voulu me consacrer. Big Up aussi à Max d’iWelcom pour l’organisation !

 

Retrouvez Rod Anton près de chez vous :

23.06.2017 – Les Z’Arpètes – Villenave d’Ornon (33)
18.07.2017 – Les Mardis de l’été – Issoudun (36)
17. 08. 2017 – Plein les Watts Festival – Plan les Ouattes (Suisse)
24.08.2017 – Les Jeudis du Pressoir – Billom (63)
25.08.2017 – Le Kazkabar – Joyeuse (07)
Plus de dates sur sa page Facebook

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